Redécouvrir notre corps et notre lien avec le monde pour guérir autrement (Eric Julien & les kogis)

La vidéo:

 

La retranscription texte:

Michael — Bonjour Éric, si vous deviez vous présenter en quelques mots, ce serait lesquels ?

Éric — Bonjour, une personne avec beaucoup de gens dans la tête qui ne sont pas toujours d’accord. Une personne qui a mis du temps à habiter son corps. Et à faire connaissance avec ses émotions. Et qui maintenant essaie de garder une forme de paix intérieure et poétique. Étant convaincu que c’est la seule manière de garder un cap dans ce drôle de monde. Un papa aussi, j’essaie d’être un compagnon aussi de ma compagne, et des gens avec qui je chemine.

Michael — Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec les Indiens Kogis ?

Éric — C’est des Indiens, des Amérindiens, des autochtones, des archaïques, des primitifs, le monde moderne a utilisé beaucoup de qualificatifs pour les désigner. Ils vivent au nord de la Colombie, dans la plus haute montagne du monde en bordure de mer. Quand tu es à six mille mètres d’altitude, tu vois à trente-huit kilomètres la mer des Caraïbes. Ces Indiens se sont réfugiés dans ces montagnes, dans les parties hautes. Comme dans une autre vie j’étais guide montagne, j’ai voulu faire le sommet et j’ai eu un œdème pulmonaire. On a pas de douleur physique, mais oon ne peut plus marcher, puis si on ne fait rien, on meurt, on se noie de l’intérieur. Et j’ai eu la chance que ces sauvages, archaïques, primitifs qui vivaient dans cette montagne passent sur le même chemin que moi, me ramassent et me sauvent la vie. C’est comme ça que je les ai rencontrés. Le jeune moderne occidental, qui avait fait les grandes écoles, et qui était sans doute un peu arrogant de ces connaissances-là, a découvert la solidarité de la vulnérabilité. Quand tu es vulnérable, tu es bien content qu’un autre te tende la main. C’est comme ça que je les ai rencontrés.

Michael — Quel lien ont-ils avec le monde, et quel lien a le monde avec eux ?

Éric — Trouver ces liens c’est un long chemin, d’abord de déconstruction de notre regard à nous. De revenir à une certaine humilité de celui qui ne sait pas, pour essayer de trouver autre chose. Donc ça a été long. Le regard qu’ils ont sur nous, ils nous appellent les petits frères. Frères, parce que nous faisons partie de la grande famille des humains. Et petit parce que d’après eux nous avons perdu la conscience de la vie, du vivant. Donc comme un enfin qui ne comprend pas que s’il met les doit dans une prise il va s’électrocuter, on fait plein de bêtises. Donc voilà, c’est petit frère, est-ce qu’un jour tu vas comprendre que les comportements que tu adoptes ne sont pas justes. Et surtout, qui provoque beaucoup de déséquilibres dont nous voyons les conséquences aujourd’hui. Ils nous regardent avec bienveillance. Et ça fait un peu plus de cinq siècles ils essaient de venir vers nous en disant, est-ce qu’on ne pourrait pas se parler, est-ce qu’on ne pourrait pas se parler ? Parce que le dialogue est la seule solution pour retrouver les voies de l’équilibre et de la sagesse. Quand on regarde les voies de l’ethnographie, l’anthropologie dans le temps, ça a été un tellement long chemin pour se dire : « ils ne sont pas moins, c’est à dire, sauvage, archaïque, primitif. Mais différent ». Et cette différence pourrait bien être la clé de notre futur. Je pense que contrairement à nous, modernes qui vivons en ville. Ils ont gardé un contact, alors non pas avec la nature t-elle qu’elle s’exprime à nous, les arbres, les animaux. Mais avec ce qui fonde la nature, qui n’est pas forcément visible. C’est comme-ci on faisait un écorché d’un corps humain, et qu’en enlevant la peau on voyait les réseaux sanguins, les réseaux ventilatoires, les réseaux nerveux. Ce « n’est pas visible, mais ça structure tout le corps. Et ce n’est pas parce que le genou n’a pas le même fonctionnement que le poignet, qu’il n’a pas le même fonctionnement que le cerveau. Que toutes les parties du corps ne sont pas reliées par ces réseaux. Donc ils connaissent les réseaux qui structurent le globe terrestre, alors qu’ils n’ont jamais pris l’avion, ils n’ont jamais eu de carte. Et donc ils sont capables de soigner la Terre un peu comme un corps humain avec des points d’acupuncture. Et mystère des mystères, ils connaissent la Pangée, c’est le continent initial qui regroupait tous les continents en un seul et même endroit. Les kogis connaissent l’histoire de la tectonique des plaques. La dérive des continents, sauf qu’ils ne sont jamais sortis de leur montagne. Ça ouvre une porte, une ouverture, sur finalement, comment savons-nous ce que nous savons ? Et n’aurait-on pas aujourd’hui grande curiosité, intérêt, respect à ouvrir un dialogue avec ces hommes et ces femmes qui ont quatre mille ans de vie sur cette planète. Là où nous n’en avons que deux milles, si on prend la référence christique. Et qui pourrait bien nous donner les clés de notre futur, parce qu’ils se présentent comme étant les voix de la nature, parlant et étant les voix de la nature. Et en cela ils rejoignent une phrase d’Élisée Reclus, un géographe anarchiste qui est mort en mille neuf cent cinq : L’homme c’est la nature prenant conscience d’elle-même. Je pense qu’il pourrait nous donner un petit coup de pouce avant qu’il ne soit trop tard.

Michael — Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu’est leur perception de la santé ?

Éric — La première chose c’est qu’on est dans un système de santé préventif, contrairement à notre société moderne où on est plutôt dans du curatif. On va essayer de soigner le symptôme sans pour autant savoir remonter aux origines de la « Mal à dit ». Eux c’est pas ça, ils vont avoir des systèmes de soin qui empêche la maladie d’arriver. Ce qui est différent, donc c’est une vision systémique. Aujourd’hui on appellerait ça Holistique. C’est-à-dire qu’elle se structure autour de cinq points. Le premier c’est : puis-je avoir en tant que Kogis, homme, femme ou enfant accès à la Terre. Si j’ai accès à la Terre, je peux me nourrir. Je peux me soigner avec les plantes aromatiques médicinales, tout ce qu’on veut. Et surtout je peux former mes enfants, pour qu’eux-mêmes puissent demain avoir des Terres. La Terre c’est le lieu qui enseigne. Si je n’ai pas accès à la Terre, je ne vais pas pouvoir me nourrir, me soigner, nourrir mes efants, je vais avoir du stress. Ça contribue à la fragilité d’un terrain physiologique. La deuxième chose c’est l’éducation, Est-ce que les conditions sont réunies pour que je puisse transmettre. La troisième chose c’est la santé, si j’ai ces trois points, ça veut dire qu’il y a de la justice. Qu’il y est un système de gouvernance qui valide que ces quatre points là sont respectueux du territoire, qui donne les grandes orientations que j’appellerai législatives du territoire et du corps social. C’est les lois du vivant qui s’incarnent dans le territoire. Avec un système de gouvernance centrale qui répartit les Terres aux différentes familles pour que chacun ait en justesse de quoi se nourrir, s’éduquer et nourrir sa famille. Donc, si ça est respecté, il n’y a pas de maladie. J’ai amené une fois un médecin qui accompagnait Nicolas Hulot dans un film qu’il faisait pour Ushuaia. Qui a ausculté une quarantaine de Kogis et qui a dit : ces gens-là n’ont pas besoin de moi. Ils vont très bien.

En faite ils ont besoin de soin face aux maladies qu’on leur amène de l’extérieur. La maladie pour eux c’est un symptôme d’un déséquilibre. Qui peut venir de l’extérieur, comme la covid n ce moment, tout ce qui se passe en termes de dérèglement climatique, c’est des déséquilibres envers lesquels nous sommes largement responsables. On le sait, mais on n’y fait rien. Mais bon, c’est comme ça…

Michael — Toujours d’un point de vue santé, ont-ils des règles créées par l’homme, comme nous les Occidentaux, Où alors, ont-ils une autre organisation ?

Éric — Chez eux, ils ont des chamans, hommes et femmes, mama pour les hommes et saga pour les femmes. C’est-à-dire le soleil et la lune, qui ont des formations qui peuvent durée de sept à dix-huit ans. Et souvent dix-huit ans dans l’obscurité totale. Ils sont dans des grottes, des huttes pendant dix-huit ans. Après l’utérus ou le ventre de la maman, Ou ils reçoivent l’éducation de la maman, avant même de naître parce que la maman mange. Par son champ émotionnel, par son champ relationnel. Ça conditionne le terreau du futur petit garçon ou future petite fille. Ça n’a donc rien à voir avec le mental. Ensuite ils remettent le bébé, non plus dans le ventre de la mère maman, mais de la mère Terre. Qui va continuer à lui enseigner par tout, ce qu’ils appellent, les chikuakala (les réseaux d’information qui informent le bébé au fur et à mesure de ses dix-huit ans d’enseignement. Donc ce n’est pas une transmission par le mental, mais une transmission par l’expérience du corps. Le chaman sort en connaissant les règles de la vie, qui permettent la vie. Et son job c’est de vérifier que le corps social, sur le plan collectif et sur l’individu, développe des actes et des comportements qui respectent ces grands principes pour tenir la maladie à distance. Donc ils travaillent beaucoup avec de la divination, de plein de manières différentes. Notamment avec des quartz, pour vérifier que ces choses sont en harmonie par rapport aux principes du vivant. Alors que nous effectivement, c’est des lois créées par les hommes, malheureusement moins par les femmes. Qu’on change quand ça nous arrange, en fonction de tendance politique pas toujours très claire. De lobbies pas toujours très clairs. Qui sont capable de créer des lois que l’on va respecter avec la police, les amendes, l’armée, les avocats les juges. Qui vont contre la vie. Ce qui est quand même totalement aberrant.

Michael — Vous expliquez que pour eux, un être en paix, c’est un être qui reste fidèle à cinq bases 

  • le sens

  • la valeur

  • le temps

  • le territoire

  • La vie intérieure

Il serait sans doute trop long de tous les décrire, mais pouvez-vous en prendre un pour exemple et le développer ?

Éric — Déjà, le temps, si je devais le rapprocher de quelque chose que nous connaissons bien dans notre modernité, c’est le vin. Quand tu mets du raisin jeune que tu viens de cueillir dans une cuve. Selon le cépage, selon la technique de vinification, il faut du temps pour arriver à un hectare, ou à un bon vin. Donc pour un humain c’est pareil. Il faut laisser le temps de la transformation intérieure. Et chaque temps a du sens, le temps de l’enfance à du sens, le temps de l’adolescence en a, le temps du jeune adulte, il ne faut pas bruler les étapes. Il faut déjà les reconnaître, chez les kogis il y en a neuf. Comme les neuf mois de gestation, comme les neuf planètes du système solaire. Que nous passons par des étapes de conscience. Donc le chaman va te poser des questions à chacune de ces étapes. Et selon les réponses que tu vas lui donner, il va te dire, tu es encore là, ou alors tu es en train de passer au plan « quatre ou cinq. Donc il y a tout un enseignement qui suit les spirales d’expérience. On va dire ça comme ça. Après là, on est sur une verticalité de maturité de conscience. Après, si tu prends l’horizontalité, c’est à dire comment s’organise le temps. Il est structuré sur les grands cycles cosmiques. C’est-à-dire que de minuit à midi c’est plutôt le moment où les choses vont sortir. Ou c’est du positif, c’est là qu’on crée. C’est là qu’on va semer. Puis de midi à minuit au contraire, c’est au contraire toutes les choses ou…. Il ne faut pas faire de déplacement. Il ne faut pas faire de création. C’est au contraire des énergies qui rentrent en période basse. Voilà, donc il y a plein de structurations cosmiques qui organisent les choses de la journée. Il y a plein de structuration du temps. À quel moment il faut semer, planter, etc. Ensuite il y a plein de temps individuels ou collectifs. Nous on appellerait ça de méditation, ou de travail sur un arbre, ou de travail sur les couches du sol. Ils ont bizarrement une très bonne connaissance des couches géologiques sous la surface du sol jusqu’au cœur de la planète. Il rentrent en méditation avec les différentes couches géologiques. Donc selon le clan d’appartenance, chaque clan a des responsabilités. Tu vas passer beaucoup de temps à méditer avec l’eau, les roches, les arbres. Avec les animaux, les étoiles. À te relier ! Et il ne faut pas oublier que c’est des agriculteurs, c’est une société qui passe beaucoup de temps à cultiver dans les champs. On dirait que c’est des incroyables permacultures, parce que c’est des vrais ingénieurs agronomes qui connaissent absolument tout de ce que nous redécouvrons à travers la permaculture. Donc le premier temps est agricole pour eux.

Michael — Pouvez-vous nous parler de l’apoptose ?

Éric — Dans les sociétés modernes, même si nous ne devons pas réduire Descartes à ce propos. On est beaucoup sur je pense donc je suis. On parle de liberté individuelle, de pouvoir faire les choses. Comme on veut, quand on veut, de sa liberté de création, de faire. L’accent est beaucoup mis sur la personne. Des sociétés plus traditionnelles comme les Kogis, l’accent va être mis sur la relation. Tu es donc je suis, et bien évidement, je suis donc tu es. La manière dont tu regardes l’autre, la manière dont tu rentres en relation avec l’autre va conditionner ton état intérieur, ton bien être. Et ça se structure dans la langue, dans la structure linguistique. C’est-à-dire que nous, on a tendance à dire, je parle, et ça s’arrête là. Et dans cette société là ils vont dire, je parle et tu as la gentillesse d’écouter. Nous sommes donc deux sujets actifs. Avec nos émotions, nos croyances, nos représentations, et quand ils parlent de ça, ils parlent des deux sujets en relation. Donc le cœur de cette société c’est la qualité du lien et de la relation. Et c’est intéressant de prendre conscience qu’en physiologie, en biologie, il y a un domaine qui s’appelle l’apoptose. Qui est le suicide des cellules, lorsqu’elles n’ont plus d’information sur leur utilité. C’est-à-dire qu’une cellule qui ne sait plus à quoi elle sert va se suicider. Donc si on reporte ça à une organisation ou un système humain, une personne qui n’a pas de reconnaissance, qui n’a pas de regard, qui n’a pas d’information, mais surtout de reconnaissance sur son rôle social, sa posture, ou même pour se positionner, peut tomber malade. La dégradation des relations peut être à l’origine de nombreuse maladiess. Et on a vu dans de grandes entreprises en France, on n’appelle pas ça l’apoptose, on appelle ça la mise au placard. Que quand tu n’as plus de relation, et donc plus de sens, ça peut largement dégrader ta santé. Conduire au burn-out et malheureusement parfois au suicide. Donc c’est d’abord la qualité du lien et de la relation. Ce sont des approches systémiques du problème de santé. Et il n’y a jamais un coupable, un responsable. Quand les sociétés traditionnelles se réunissent pour soigner, c’est les parents, c’est les voisins, c’est les soignants, c’est la peinture, c’est le symbole, c’est la musique, c’est les étoiles. C’est retrouver ta place juste dans l’univers. C’est ce qu’appelle les Navajos, la voie du hozo, la voie de la beauté, de l’harmonie. Ça passe cent pour cent par la relation. Donc ça veut dire que c’est une dimension éminemment féminine. Parce que la relation, à par si l’on mettait un fil de laine pour la matérialiser entre nous, on ne la voie pas. Le féminin physiologiquement, c’est un organe qu’on ne voit pas. Le féminin touche des dimensions qu’on ne voit pas. Mais ce n’est pas parce que nous les ne voyons pas qu’elles ne sont pas opératives. Donc ça ne semble pas un hasard que dans nos sociétés principalement masculines. Patriarcale, très dans le faire, dans la transformation de la matière, on ai perdu cette notion et on soit rentré dans d’énormes périodes de déséquilibres mortifère. Donc le premier des travails c’est de respecter la Terre, parce qu’en respectant la Terre on respecte les femmes. On respecte le féminin, et en respectant le féminin, on peut faire comme dans le Tao, remettre un certain équilibre dans ce monde bien malmené.

Michael — Pouvez-vous nous parler de leur lien avec le territoire, qu’ils qualifient de pays sage et non de paysage ?

Éric — Les modernes que nous sommes voient le paysage, ou la terre, le territoire comme un objet inerte. C’est-à-dire que c’est un ensemble de choses. C’est une esthétique, on a beaucoup de description d’une esthétique du paysage, c’est beau. On sent souvent des émotions, quand on demande aux gens : quand est-ce qu’ils se sentent vivants ? Aahh, je me sens vivant quand je suis en pleine nature. On sent bien que l’esthétique touche une émotion. C’est une matière première, on voit bien les combats fratricides récemment entre Turques et Grec pour récupérer des zones de gaz. Donc c’est l’économie au sens barbare du terme, archaïque du terme. C’est un terrain de loisir, on va s’éclater en montagne. Mais on a complètement perdu que c’était sans doute la même chose qu’un corps humain, mais à une autre échelle. C’est-à-dire que pour les Kogis on ne parle pas d’un territoire, mais d’un pays sage. Et ce pays sage est un corps territorial. En faite il fonctionne un peu sur la théorie des fractales. Un même phénomène se reproduit à des échelles différentes. C’est la même chose au niveau du corps, au niveau de la Terre, au niveau du territoire au niveau des planètes. Donc on peut comprendre ces quatre plans, et même d’autres d’ailleurs, selon les mêmes principes. On peut les approcher, les comprendre et sans doute les soigner de la même manière. Les Kogis soignent la Terre avec des points d’acupuncture. « Attention, ici il y a un point énergétique, t’en approches pas, il est un peu trop violent pour toi. Ici par contre tu peux soigner des choses, ici tu peux avoir des informations ». Au même titre que si je mets les mains ici je vais avoir le pou. Au sein de la médecine chinoise et l’acupuncture, on approche des dimensions similaires. Sauf que c’est ici appliqué au corps territorial. Et si le Territoire va bien alors je vais bien, et si je vais bien alors le territoire va bien. Une relation que nous n’avons plus en ville. On en a plus du tout conscience, on ne voit plus les étoiles, on a plus d’arbres, plus d’oiseau, on n’a plus rien… On est sans mémoire donc on est perdu.

Michael — Pouvez-vous nous parler plus en détail du principe fractal ?

Éric — C’est la reproduction d’un phénomène à des échelles différentes. On prend souvent l’exemple d’un chou-fleur. Si on coupe un chou-fleur dans sa verticalité. On va voir que ce gros chou-fleur est constitué de petit chou-fleur. Qui a exactement la même structure que le gros chou-fleur. Et quand on coupe ce petit chou-fleur, on se rend compte qu’il est lui-même constitué de petit chou-fleur… Donc c’est le même phénomène qui se reproduit à des échelles différentes. On prend souvent la côte Bretonne. Quand on la voit en avion, on voit des découpages. Puis si on se rapproche, on voit les mêmes découpages, mais en plus petit. Jusqu’à aller au bord de la mer et regarder ce petit découpage granitique. Donc pour eux, les principes de vie sont les mêmes principes qui agissent au niveau de l’univers, du corps humain, du territoire, du mystère…. voilà, c’est toujours le même principe. Donc le chaman, quand il fait son voyage de dix-huit ans de formation, c’est ces principes qu’il va apprendre à percevoir. Pour permettre de savoir si quelque chose est juste, pas juste. Et surtout avoir un niveau d’information qui leur permette de dire. On ne peut pas vous en parler, car vous êtes encore trop inconscient. Vous feriez des bêtises avec. Je pense qu’un physicien quantique discuterait avec un chaman, il ferait de grandes découvertes.

Michael — Vous êtes en train de nous dire que le quotidien est le miroir de notre intérieur ?

Éric — On a souvent à faire à des gens dans notre société moderne, et ils n’en peuvent rien. Je suis encore parfois comme ça, donc je ne jette pas la pierre. Qui sont happé à l’extérieur d’eux même. Tout est fait pour ça. La consommation, les écrans, tout ce qu’on veut. Donc ils n’ont plus de vie intérieure. Et quand la vie, soit vous envoie des épreuves un peu compliquées, par exemple, la maladie, l’accident ou peut importe quelle tension dans sa famille. Ou qu’on se rapproche de notre fin de passage sur Terre. Le vide intérieur peut devenir très angoissant parce qu’on se rend compte qu’on s’est construit que sur un l’heur. Je ne sais plus quel sage indou a dit, je vais cacher un trésor extraordinaire dans un endroit où les humains ne le trouveront jamais, c’est bien entendu à l’intérieur d’eux même. Tout est écrit en nous. Mais pour ça il faut s’ouvrir, on revient à la question du temps. Des espaces d’introspection, des espaces où nous ne sommes pas happés par un écran. On peut sentir le vent et comprendre le souffle. On peut sentir et voir l’eau et comprendre le sang. On peut sentir la structure des roches et comprendre le corps. Et on peut refaire des analogies et comprendre qu’on est un petit quelque chose dans cette espèce de grande dynamique qu’est le vivant. Et qu’il faut juste danser avec, mais ce n’est pas évident parce que dans notre monde tout est fait pour ne pas danser avec. Donc quand on résiste contre quelque chose, c’est là qu’on crait des maladies.

Michael — Pourriez-vous dire que notre quotidien est notre meilleur formateur ?

Éric — Ma maman qui est une bonne enseignante pour moi, a une jolie phrase qu’elle partage à mes enfants qui est de dire : est-ce que la personne qui est en face de moi est vraiment avec moi, ou c’est une machine. C’est-à-dire, est-ce qu’elle est là en présence ? Dans son intention, du regard qu’elle porte sur les choses. De la manière qu’elle dit bonjour à quelqu’un dans a rue, ou est-ce que c’est un réflexe ? Et au final, tu n’es pas vraiment là, tu ne fais pas vraiment les choses, et tu ne t’habites pas. Généralement à de petites échelles ça va… on casse un verre, on rate une marche, on se tord une cheville. Il y a plein de petits signes qui disent ho ho, tu n’es pas vraiment là. Puis si on continue de ne pas s’habiter, on peut très vite à arriver à l’accident de voiture. Voilà, ça peut très vite dégénérer, et aider à se poser les bonnes questions. Donc j’aime bien cette idée de dire : habite-toi ! Et du coup, quand tu t’habites, dans notre monde tout devient tout un coup sacré et magique. Ce n’est pas facile, car notre monde ne le permet pas, ne l’autorise pas, ne le voit pas. Mais ce n’est pas très compliqué non plus.

Michael — Selon vous, comment pourrait-on intégrer la connaissance des Kogis au sein de notre culture ?

Éric — Je pense que la nature est une enseignante généreuse et magnifique. Que ce soit Léonard de Vinci, Gaudi, Elisée Reclus, Hubble, tous on fini par comprendre que tout était dans la nature. Et qu’il fallait juste se mettre à son écoute. Le seul conseil que je donnerais, c’est passez du temps en nature. Mais passez du vrai temps en nature. C’est bien déjà d’aller se promener, de parler aux arbres… Mais vivre en nature, c’est à dire qu’on est obligé, on a un enjeu de survie. On va être beaucoup plus attentif aux éléments. Et ça va nous inviter à revenir dans une présence. Si je dois dormir quelque par dans la forêt, il faut bien que je commence à observer le lieu. Et si je me mets n’importe ou peut être que s’il pleut, je vais me mettre exactement dans un endroit ou l’eau coule. Ou la foudre peut passer… Le fait de vivre un lieu, et les Kogis font ça, ils cultivent, ils font leur maisons, ça les oblige à repérer les essences d’arbre. Ça oblige au présent, et au final ça oblige à la simplicité. C’est très compliqué de faire simple, vivre simple. Yung avait bien compris ça, il vivait en face du lac de Zurich, ou je ne sais plus où exactement. Et il s’était fait une cabane là-bas où il n’avait pas d’eau, pas d’électricité. Pour s’obliger par rapport à son travail de psy en cabinet à revenir à cette simplicité. Donc j’inviterais juste les gens, en se faisant accompagner avec de gens bienveillants à reprendre contact avec la nature, avec un enjeu de vis. Même si déjà le plaisir c’est bien. Mais avec humilité…

Michael — Si vous veniez d’une autre planète, et que votre mission était de transmettre un message aux Terriens pour les aider. Ce serait lequel ?

Éric — Chantez, dansez, écrivez de la poésie. Je ne marche pas sur l’eau je suis trop lourd, alors je dirais, aimez-vous les uns les autres. Même si ce n’est pas pour vous, c’est pour les enfants qui vont venir. Je crois vraiment dans la vertu de l’art pour libérer les âmes. Libérez vos âmes. N’ayez pas peur. Ma grande tante a été raflée par les Allemands en quarante-quatre, elle était à Auschwitz. Elle n’est pas morte, elle s’en est sortie, c’est pour ça qu’elle me l’a raconté. Elle m’a dit, la joie et la poésie m’ont sauvé. Alors si elle dit ça à propos d’Auscwitz, je pense que la joie et la poésie ont des vertus que l’on n’imagine pas.

 

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